Avec une pression touristique toujours importante, Cannes tente par tous les moyens de préserver un équilibre. La Ville cherche à contenir l’afflux massif de visiteurs sans compromettre son attractivité ni la qualité de vie des habitants. Mais est-ce réellement suffisant ?
Le succès touristique de la Côte d’Azur ne faiblit pas. Chaque été, les plages et les centres-villes débordent de visiteurs venus profiter du littoral. En 2024, plus de 37 millions de séjours et 237 millions de nuitées ont été enregistrés.
Cannes a accueilli plus de 3 millions de visiteurs sur l’ensemble de l’année, dont 400.000 congressistes, soit une hausse de 100.000 personnes en un an. Une fréquentation soutenue qui booste l’économie locale, mais entraîne aussi son lot de déséquilibres.
La pression s’accentue particulièrement sur les logements et autour des sites naturels. Face à cette situation, la cité des festivals cherche à adapter son flux de vacanciers, sans freiner son attractivité. Là où d’autres villes comme Venise, Barcelone ou Marseille ont déjà opté pour des mesures plus strictes.
Un classement “surtourisme” qui dérange

Début juin, le baromètre “Touriscore”, lancé par la startup Ville de Rêve, a attribué la note maximale de surfréquentation (E) à Cannes. Même résultat pour Nice et Antibes. Un classement contesté localement, mais qui alerte sur la situation.
Du côté de la mairie, on se veut plus mesuré. “On réfute absolument le principe du surtourisme à Cannes. Il y a une activité touristique prospère, grâce à un travail continu d’investissement, d’embellissement et de sécurité bien entendu”, défend Thomas de Pariente, adjoint au tourisme. Mais il concède : “S’il y a un surtourisme que l’on peut déplorer, c’est celui des grosses unités de paquebots, qui mouillent au large de Cannes. Ils sont trop nombreux et enlaidissent la rade.”
Pour tenter d’en limiter l’impact, la Ville a annoncé une mesure de régulation applicable dès 2026. Un seul navire transportant plus de 3.000 personnes pourra mouiller dans la baie chaque jour, “jamais deux en même temps”.
Cette décision s’appuie sur un accord contractuel avec la société concessionnaire qui gère le terminal croisières. À la clé, une baisse de 50% des escales de gros porteurs en un an, puis une légère réduction supplémentaire en 2027. Une jauge à 6.000 croisiéristes par jour est aussi fixée. La municipalité veut n’accueillir que des navires “de qualité de moins de 1.300 passagers d’ici 2030”.
Logements touristiques Airbnb : une situation sous surveillance

L’autre sujet sensible concerne la prolifération des logements en location saisonnière. L’étude de Ville de Rêve pointe un trop grand nombre de biens transformés pour les touristes, ainsi qu’un excès de commerces tournés vers eux. Là encore, la mairie conteste. “Cette étude pointe du doigt le fait qu’il y aurait trop de cafés et restaurants. Je vois plutôt ici un commerce très dynamique.”
Plus de 13.000 logements sont enregistrés comme pouvant accueillir des séjours touristiques. Mais selon la Ville, 90% sont des résidences secondaires et non principales, appartenant à des propriétaires uniques. “C’est donc la libre jouissance du bien. Et le respect de la propriété privée est fondamental”, affirme l’élu.
Thomas de Pariente défend leur utilité lors des grands événements cannois : “Cela complète l’offre hôtelière pour les grands congrès comme le MIPIM, le Festival de Cannes, Cannes Lions, ILTM. Tous ces grands événements attirent tellement de congressistes et de visiteurs que les infrastructures cannoises ne suffisent pas à accueillir tout le monde.”
Pour autant, des tensions liées notamment aux nuisances sonores existent. Certaines rues et résidences sont saturées de boîtes à clés, souvent installées illégalement sur le domaine public. La police municipale mène régulièrement des opérations ciblées pour les retirer. Autre phénomène, les “hôtels clandestins”. À Cannes, plusieurs de ces établissements non déclarés ont été fermés, dont deux rien qu’en juillet.
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Thomas de Pariente détaille : “Nous sommes attachés à deux principes. D’abord la qualité de vie des Cannois et le fait que chacun doit pouvoir se loger. Puis de faire en sorte qu’aucun quartier ne soit saturé, pour trouver un bon équilibre entre les habitants et les visiteurs”. Il précise : “En 2007, on avait 53 % de résidences principales, en 2025, c’est 52,5 %. À ce stade, il n’y a pas d’effet d’éviction”.
La municipalité a lancé une étude pour évaluer précisément la situation du logement à Cannes, quartier par quartier, afin d’identifier les besoins réels et de potentiellement réguler en conséquence.
Un discours apaisant, mais est-ce vraiment suffisant pour faire face aux défis à venir ? Car si Cannes s’efforce d’agir, la pression touristique, elle, ne semble pas faiblir.


