REPORTAGE — À Cannes, la traque des boîtes à clés installées illégalement sur l’espace public se poursuit. Depuis un arrêté municipal de décembre 2023, ces dispositifs, utilisés pour la location saisonnière, sont désormais interdits. Pour faire respecter la réglementation, la police municipale intervient activement, disqueuse en main, afin de limiter leur prolifération.
Les jours des boîtes à clés accrochées aux poteaux, rambardes et arceaux vélo sont comptés. À Cannes, la municipalité a décidé d’en finir avec ces dispositifs installés sur le domaine public qui permettent aux propriétaires de meublés en location courte durée (de type Airbnb) de fournir les clés aux visiteurs sans avoir à se déplacer.
Pour traquer ces petits boîtiers, la municipalité s’appuie d’abord sur la vigilance des Cannois, qui signalent leur présence via l’application Cannes Civique. Une fois repérés, les policiers municipaux sillonnent la ville pour apposer un avis de retrait obligatoire sous 15 jours. Passé ce délai, la sanction tombe. Les boîtiers sont tout simplement sciés et détruits.
À Cannes, une chasse aux boîtes à clés illégales

Dans le Carré d’Or, rue Victor Cousin, la scène est désormais courante. Michel Grippi, policier municipal et responsable du service des objets trouvés, dégaine sa disqueuse. Les étincelles fusent, et en quelques secondes, la boîte à clés tombe.
Son propriétaire avait été averti. Un autocollant bien visible indiquait l’interdiction en vertu de l’arrêté du 14 décembre 2023, interdisant d’installer tout objet destiné à contenir des effets personnels sur le mobilier urbain. “Il y a 15 jours, il y en avait 4 ici”, explique-t-il.

“C’est tellement discret. Certaines sont cachées sous les mobiliers, dans les tableaux électriques ou bien sur les rambardes comme ici. Ce n’est pas facile à voir, il faut vraiment chercher”, nous confie l’agent.
Mais à force d’inspections et de signalements citoyens via l’application, les agents ont déjà retiré plus de 40 boîtes à clés en un an.
Et parfois, la traque donne lieu à des scènes cocasses. Ce lundi-là, alors que les policiers retirent une boîte, deux femmes s’approchent : “On vient récupérer les clés du logement que l’on a loué”. Ce type d’incident illustre bien la problématique de fond : ces boîtiers sont devenus un symbole du surtourisme.
Une lutte contre les abus, pas contre les locations

Pour autant, la mairie de Cannes ne veut pas interdire les meublés de tourisme, mais plutôt encadrer leur prolifération. Contrairement à d’autres grandes villes qui restreignent drastiquement ces locations saisonnières, Cannes affiche une approche plus mesurée. “Pénaliser l’abus et non l’usage”, insistait le maire David Lisnard lors du dernier conseil municipal.
Et les chiffres donnent une autre perspective : 92% des meublés de tourisme cannois sont issus du parc des résidences secondaires et 89% sont loués moins de 120 jours par an. Autrement dit, la majorité des propriétaires ne dépassent pas les limites légales. “Cela permet à des habitants de compléter leurs revenus, tout en favorisant une mixité touristique bénéfique pour le dynamisme des quartiers”, justifie l’édile.
Au total, 13.115 meublés de tourisme étaient déclarés à la mairie au 9 septembre 2024. Un chiffre qui témoigne de l’ampleur du phénomène à Cannes et de son impact sur le marché du logement local.
En attendant, la police municipale garde l’œil ouvert. Avec plus de 280 signalements depuis mars 2024 et près de 200 boîtes déjà identifiées et traitées, la traque continue. Et les propriétaires encore récalcitrants savent désormais à quoi s’attendre : la disqueuse n’est jamais bien loin…
