L’État a repris la main sur le dossier des bateaux de croisière en baie de Cannes et de Nice. Après des mois de bras de fer, un arrêté préfectoral fixe des règles communes sur la Côte d’Azur. Une décision qui crispe le maire David Lisnard, convaincu que l’effort local a été ignoré.
Les débats sont clos. L’État met un terme aux incertitudes et fixe un cadre strict pour l’accueil des bateaux de croisière sur tout le littoral azuréen. L’entrée en vigueur, mardi 9 décembre 2025, du texte signé par le préfet des Alpes-Maritimes et le préfet maritime de la Méditerranée encadre toutes les escales de paquebots à Cannes, mais aussi à Nice, Villefranche et Beaulieu-sur-mer.
La décision n’est pas tombée par hasard. Plus tôt dans l’année, les initiatives locales se multipliaient, parfois à la limite de la légalité. Du côté de Nice, Christian Estrosi avait d’abord voulu fermer définitivement la porte aux géants des mers, avant de revenir sur sa décision.
Pour Cannes, David Lisnard avait choisi une autre voie, progressive et plus restrictive : “L’idée est d’avoir une stratégie raisonnée, il ne s’agit pas d’être pour ou contre. Mais de faire en sorte que les unités soient en adéquation avec la beauté de la baie de Cannes. Et il faut le dire, les gros paquebots sont des immeubles flottants et gâchent la vue”. Mais au-delà de la bande des 300 mètres, le maire n’a pas de pouvoir et le dernier mot revient à l’État.

L’arrêté préfectoral fixe un seuil moyen de 2.000 passagers débarqués par jour d’escale, avec un plafond de 3.000 croisiéristes simultanés. Un seul navire de plus de 1.300 passagers est autorisé par jour et par zone de mouillage. En juillet et août, le nombre d’escales est fixé à 15 par mois pour cette catégorie.
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“Ces dispositions sont immédiatement applicables pour toutes les nouvelles demandes d’escales”, ont précisé les préfectures des Alpes-Maritimes et de la Méditerranée dans un communiqué. Mais ces escales étant planifiées près de deux ans à l’avance, la mise en œuvre de ces nouvelles règles se fera donc de manière progressive.
Le texte introduit aussi un tri assumé pour limiter l’impact environnemental. Les compagnies signataires de la Charte croisière durable en Méditerranée passent devant les autres. Moins d’émissions et de nuisances, plus de sensibilisation des passagers… En cas de pic de pollution de niveau 2, les préfets pourront même supprimer des escales.
Pour l’État, il s’agit d’encadrer sans asphyxier. Donner de la visibilité aux compagnies, tout en limitant l’impact sur le littoral. Une méthode présentée comme inédite par la préfecture.
Colère à Cannes
À Cannes, la pilule ne passe pas.“Je ne comprends pas ce mépris pour le travail local”, a lâché David Lisnard auprès de Cannes Actus, qui juge les mesures trop légères. Le maire rappelle qu’il avait annoncé dès juin une baisse de 48% des gros paquebots (plus de 3.000 passagers) en baie à partir de 2026, avec une seule escale par jour, soit au maximum 34 navires dès 2026, puis 31 en 2027.
Une stratégie rendue possible par le contrat signé en 2022 avec le concessionnaire du Vieux-Port, MVPC, qui prévoyait déjà une réduction progressive après les travaux du terminal croisière. “Il prend l’arrêté qu’il veut. Moi, je n’ai autorité que sur le port”, insiste l’édile, avant de prévenir que le texte préfectoral aura, selon lui, “une portée très limitée”.
