Devant les Cannois, David Lisnard a présenté ses vœux ce samedi 31 janvier. Une cérémonie particulière compte tenu de la réserve électorale qui s’impose aux maires sortants. En évoquant donc très peu Cannes, l’édile n’a pas manqué de charger l’État devant le préfet. Mais aussi de dépeindre la situation du pays, et même du monde…
Si certains maires ont fait le choix d’annuler leur traditionnelle cérémonie de vœux à la population, contraints par cette période pré-électorale, David Lisnard, lui, a tenu à réunir les habitants à quelques semaines des municipales. À Cannes, plus de 2.200 personnes ont répondu présent ce samedi 31 janvier au Palais des Festivals.
Neutralité oblige, impossible donc d’évoquer le bilan. Ni les projets futurs pour la ville : “Rassurez-vous, j’ai d’autres choses à dire”, a d’abord lancé l’édile, qui n’a pas encore officialisé sa candidature pour un troisième mandat à la mairie de Cannes.
Lutte contre l’insécurité et soutien aux forces de l’ordre

De nombreux élus étaient présents pour l’occasion à commencer par les maires des communes voisines comme Sébastien Leroy (Mandelieu), Georges Botella (Théoule), Kévin Luciano (Vallauris). Ainsi que la députée Alexandra Martin et la sénatrice Alexandra Borchio Fontimp. Mais aussi le préfet des Alpes-Maritimes, Laurent Hottiaux, présent au premier rang. Et le représentant de l’État n’a pas échappé aux critiques.
D’emblée, David Lisnard n’a pas ménagé ses mots. Tout en adressant aux Cannois des vœux de “confiance, d’espérance, de lucidité et de combativité”, il a dénoncé le “délire bureaucratique” qui paralyse l’action publique. Quelques flèches ont visé certaines tendances idéologiques jugées étouffantes par le maire, allant de “l’extrême gauche à la décroissance, sans oublier le combat contre le wokisme”.
Au sujet de l’insécurité, David Lisnard a rappelé l’importance de la lutte contre le narcotrafic, mais aussi la nécessité d’exclure des HLM les familles de délinquants ou encore de reconnaître le protoxyde d’azote comme une drogue.
L’édile a tenu à saluer la qualité du travail entre les services municipaux et ceux de l’État : “les relations sont devenues fluides en matière de sécurité. Je suis heureux d’avoir vu des renforts de policiers nationaux arriver ces derniers mois. Pour que l’on soit au seuil normal, il en manque toujours 46, notamment des enquêteurs.” Avant d’apporter son soutien aux forces de l’ordre, qui manifestaient ce jour-là : “ils sont l’édifice de notre République”.
Le torchon brûle entre le maire et le préfet
Durant ce discours d’environ deux heures, le maire n’a pas manqué de critiquer l’excès de normes, en pointant directement le préfet sur les dossiers locaux. Il a ouvert le feu sur la régulation des navires de croisière, affirmant que “la relation de confiance est désormais entamée”.
“La baisse du nombre de gros paquebots en baie de Cannes a été actée par la Ville dans le cadre du contrat de concession du port signé en mars 2022”, a‑t-il insisté. Une mesure pour “concilier l’accueil des bateaux, la beauté de la baie et la préservation de l’environnement”.
Ce dossier a finalement été tranché par l’État, compétent en la matière. Mais la décision de la préfecture irrite David Lisnard, lequel y voit un mépris “de la démocratie locale”, qu’il dénonçait déjà dans nos colonnes en décembre dernier. “On a appris que l’État revenait sur nos dispositions en étant plus permissif que nous”, a‑t-il lancé.
Même son de cloche pour la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) de l’agglo Cannes Pays de Lérins, récemment bloquée par la Commission locale de l’eau de la Siagne, que David Lisnard critique vivement pour son manque total de cohérence : “L’innovation et le génie humain ne doivent jamais être freinés”.
Le préfet répond aux attaques
Des déclarations qui ont immédiatement fait réagir le préfet. Dans la foulée, Laurent Hottiaux a publié un communiqué dans lequel il précise que l’arrêté impose un plafond de passagers débarquant à Cannes “plus restrictif que la limite de 6.000 par jour fixée par la mairie”. Il rappelle aussi que la décision municipale fait actuellement l’objet d’un déféré devant le tribunal administratif.
Pour la REUT, la préfecture assure que cette solution contribue à compenser les déséquilibres en eau, “mais ne peut être la seule dans un département où les débits des cours d’eau devraient chuter de 20 % et où des restrictions subsistent même en automne”.
Une fois cette légère parenthèse locale bouclée, David Lisnard a élargi son discours sur la France durant près d’une heure et demie. Lui, qui a récemment affirmé sa volonté de peser dans le débat national en vue de la présidentielle de 2027, a pointé du doigt les défis qui pèsent sur le pays, du déclassement économique et éducatif aux tensions internationales, évoquant même la situation au Groenland ou en Iran.


