INTERVIEW — D’après les sondages, la sécurité s’impose comme le premier sujet de préoccupation des Français pour les municipales 2026. Dans un entretien exclusif accordé à Cannes Actus, David Lisnard se livre. L’occasion pour le maire d’évoquer la crise sanitaire liée au “gaz hilarant”, la situation à la Frayère, mais aussi le travail permanent de la police municipale. Tout en pointant du doigt le manque de moyens accordés par l’État.
Cannes Actus : en matière de délinquance, qu’est-ce qui vous a le plus inquiété à Cannes cette année ?
David Lisnard : J’alerte les autorités, depuis déjà plusieurs années, sur la montée du narcotrafic partout sur le territoire national. Même dans les petites communes. Le trafic de drogue est aussi présent à Cannes. Il y a des trafiquants et des problèmes de sécurité comme dans toute la France. Seuls des gouvernants nient cette réalité.
La police municipale fait un travail exceptionnel. Grâce au quadrillage des zones, les agents sont présents partout, 24 heures sur 24 heures, dans tous les quartiers de la ville. À Cannes, elle est primo-intervenante dans 9 cas sur 10. Il est important de rappeler que seules 13% des communes de France disposent d’une police municipale. La nôtre est armée, et formée.
Près de 95% des maires se disent favorables à l’usage de l’intelligence artificielle (IA) pour renforcer la sécurité, d’après une étude récente. Allez-vous intégrer la vidéosurveillance algorithmique à Cannes ?

Oui. Nous attendons le rapport de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Le principe de l’État de droit doit être respecté. Les libertés individuelles sont importantes.
Cannes a le record de France du nombre de caméras de vidéosurveillance par habitant, avec 1.021 objectifs, soit un pour 73 habitants. Ça ne suffit pas et ça ne suffira jamais.
Devant les difficultés de l’État à répondre aux enjeux de sécurité, comptez-vous recruter de nouveaux policiers municipaux et muscler encore vos moyens ?
Notre travail continue avec une présence accrue sur le terrain. Mais l’investissement de la Ville ne doit pas inciter l’État à ne pas assumer sa mission première, qui est la sécurité. Aujourd’hui, la police municipale n’a pas d’autorité judiciaire. Elle ne peut pas contrôler l’identité, sauf en cas de réquisition du procureur, ni procéder à une fouille ou verbaliser…
Les habitants doivent être protégés et se sentir en sécurité. Je refuse le transfert de charge de l’État vers la Ville. Mais je suis pragmatique, en cas de besoin, nous recruterons.
Il y a aussi un manque structurel de nationaux. L’État doit repeupler le commissariat de Cannes et celui du Cannet. Nous avons obtenu 7 agents l’an dernier avec le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Il en manque toujours 46 ! On est clairement sous-dotés.
“Face à l’insécurité, nous mettrons tous les moyens nécessaires”
Dans l’état actuel du droit en France, le maire ne peut pas résoudre le problème de l’insécurité. Mais s’il y a du laisser-aller sécuritaire de la mairie, la situation peut très vite se dégrader. Je l’ai vu dans certaines villes…
Ce que l’on appelle “gaz hilarant” fait régulièrement la Une de l’actualité. Vous avez pris un nouvel arrêté en juillet dernier interdisant la vente de bonbonnes de protoxyde d’azote à tous. Quelle est la situation à Cannes ?

Il faut arrêter de l’appeler “gaz hilarant”. Le protoxyde d’azote tue, notamment les jeunes. C’est une crise sanitaire majeure. Cette drogue met en péril la santé de ceux qui l’inhalent. Elle met aussi en danger la vie des autres. À plusieurs reprises à Cannes, on a eu des accidents.
Quand ces bonbonnes sont ramassées dans les poubelles, elles font exploser les incinérateurs. L’année dernière, cela a provoqué 12 semaines d’interruption de service, pour un coût de plus de 2 millions d’euros !
Je ne cesse d’alerter. Depuis, il y a eu un premier arrêté préfectoral. Il faut désormais aller plus loin et le considérer comme stupéfiant lorsqu’il est inhalé. Mais également de donner les moyens à la police de le détecter comme les autres drogues, et de qualifier l’usage de circonstance aggravante en cas d’accident. Il faut aussi équiper les bonbonnes de valves qui empêchent de l’inhaler.
Depuis juillet dernier, des agents de sécurité privée ont été déployés à la Frayère et à Ranguin. Quel bilan tirez-vous de ce dispositif ?
La situation à la Frayère va mieux. Mais elle reste très fragile. Ce résultat est avant tout le fruit de l’activité des polices nationale et municipale sur le terrain. Des clans originaires de Marseille tentent encore de s’emparer des points de deal. Nous observons également de très près l’évolution à Ranguin.
Concernant les agents de sécurité privée, il y a eu des ajustements au départ. Depuis, nous avons un bon retour. Ce dispositif aide beaucoup les habitants, notamment pour sécuriser les halls d’immeubles. En revanche, nous avons très peu de signalements des vigiles sur la drogue.
Est-il est prévu de déployer ces vigiles dans d’autres quartiers, notamment au Riou et à République ?
La police municipale fait régulièrement des rondes au Riou. À République, la situation est totalement différente. Le trafic de drogue ne se trouve pas dans les résidences sociales, mais plutôt dans la rue.
Le ministre de l’Intérieur vient de demander aux préfets de renforcer la sécurité autour des marchés de Noël. Qu’en est-il à Cannes ?
Qu’il le fasse. Des policiers municipaux patrouillent chaque jour, avec un poste mobile. Des agents de sécurité privée sont également déployés. Je me méfie beaucoup des effets d’annonce.
Comment faire face aux “commerces de façade”, soupçonnés de blanchir de l’argent issu de trafics illégaux ?
J’ai signalé auprès de la police et du procureur un certain nombre de commerces à Cannes. Quand on voit apparaître des établissements qui sont toujours vides et qui déclarent beaucoup de chiffre d’affaires, ça s’appelle du blanchiment.
Parfois, les services de l’État préfèrent se concentrer sur des commerces. Mais nous n’avons pas de pouvoir. Et surtout, on n’a aucun retour.
