Cannes mise sur la mer pour chauffer et climatiser la Croisette. Ce chantier d’envergure, qui vient tout juste de démarrer, vise à construire une centrale de thalassothermie souterraine. À terme, cette usine invisible alimentera une cinquantaine de bâtiments en énergie propre. On vous explique ce projet hors norme.
C’est un chantier d’envergure qui vient de démarrer sur la Croisette ! Et son importance ne tient pas à sa taille, mais plutôt à la technologie qu’il déploie. Ce lundi 27 avril, l’agglomération Cannes Pays de Lérins, à l’origine du projet, a lancé les travaux de construction de sa future centrale de thalassothermie.
D’ici à l’automne 2027, 47 copropriétés, 17 hôtels de la Croisette, ainsi que le Palais des Festivals, le centre d’art contemporain La Malmaison et un collège, vont pouvoir être chauffés et climatisés grâce à la mer.
Une technologie innovante, vertueuse et moins chère pour les usagers

Piloté par Engie, qui a remporté l’appel d’offres pour la délégation de service public, ce projet à la fois innovant et écologique, estimé à 55 millions d’euros, va permettre une baisse des émissions de CO2 et une réduction de la facture d’énergie pour les usagers.
“L’objectif est de fournir du chaud et du froid aux bâtiments de la Croisette à un prix très compétitif, jusqu’à 15% en dessous du prix du marché. L’énergie produite sera 75% décarbonée et permettra de réduire les émissions de CO2 de 10.800 tonnes par an”, a assuré le maire de Cannes, David Lisnard. Avant d’insister : “Ce projet ne coûte aucun euro aux contribuables cannois”.
Tout l’intérêt de cette centrale de thalassothermie repose sur l’utilisation de l’énergie de l’eau de mer. L’édile explique : “C’est une ressource abondante et fiable, peu importe les aléas climatiques ou les crises géopolitiques. Cela permet aussi d’assurer une autonomie et une souveraineté énergétique”.
Pour l’heure, ce vaste chantier dénature quelque peu le paysage idyllique de ce secteur de Cannes. Mais une fois les travaux achevés, l’installation disparaîtra complètement du paysage pour laisser place à un jardin. Cette centrale d’énergie marine est en fait construite sous le jardin de la Roseraie jusqu’à 12 mètres de profondeur “pour ne pas enlaidir le site”, souligne le maire, avec des fondations implantées à près de 30 mètres sous terre.
Mais comment ça marche ?

Concrètement, l’eau de mer est puisée entre 5 et 10 mètres de profondeur pour l’envoyer vers un échangeur thermique. Celui-ci récupère les calories (pour chauffer) et les frigories (pour refroidir) de la Méditerranée et les transfère via les réseaux d’eau vers les 50 bâtiments raccordés pour chauffer ou climatiser selon la saison.
L’eau est ensuite rejetée en mer sans aucune pollution afin de préserver l’écosystème sous-marin. “Les eaux de baignade sont de meilleure qualité qu’il y a 40 ans. Ces travaux sont réalisés dans le respect total des normes environnementales”, a rappelé David Lisnard.
Mais les travaux ne se concentrent pas uniquement sur le site de la Roseraie. Une barge est récemment arrivée pour installer les conduits qui relieront la mer à la centrale. “La barge prépare actuellement ce que l’on appelle les puits de réception du microtunnelier afin de poser les tuyaux de captage”, explique Emmanuelle Brisemur, directrice territoire Sud-Est chez Engie Solutions.
“Ce projet est un défi majeur. D’abord parce qu’il se situe à Cannes, sur la cultissime Croisette. Aussi car c’est une centrale enterrée, comme on en fait peu. Et enfin, il se trouve dans la baie de Cannes où la faune et la flore sont abondantes”, a‑t-elle détaillé.
Les travaux de la centrale d’énergie marine seront suspendus au moment de la saison estivale, avant une reprise à l’automne prochain. Cette usine devrait entrer en service à l’automne 2027 pour assurer ses premières livraisons d’énergie.
