Face à l’inquiétant phénomène de l’usage détourné du protoxyde d’azote, les communes doivent redoubler d’effort. Chaque année, la police municipale de Mandelieu saisit des centaines de bonbonnes de ce gaz, qui n’est toujours pas qualifié comme stupéfiant.
C’est une véritable « crise sanitaire ». Un fléau qui touche toute la France. Depuis quelques années, le protoxyde d’azote inonde les communes. Et comme partout, les bonbonnes sont retrouvées quotidiennement dans les rues de Mandelieu.
Car ce produit, utilisé habituellement en pâtisserie ou pour des raisons médicales, est détourné comme un « gaz hilarant », inhalé pour ses effets euphorisants. Si une loi de 2021 interdit la vente aux mineurs en magasin, en ligne et dans la rue, la réalité montre qu’il reste très facile de s’en procurer.
Des bonbonnes retrouvées par dizaines à Mandelieu

Pour tenter d’endiguer cette pratique, de nombreuses communes ont décidé d’agir directement. Dès l’été 2020, le maire de Mandelieu, Sébastien Leroy, a signé un arrêté pour en interdire la consommation et la vente aux mineurs. « Je suis déterminé à éradiquer du territoire communal cette pratique totalement néfaste pour la santé des utilisateurs et catastrophique pour l’environnement de notre ville », avait lancé l’édile.
Dans les Alpes-Maritimes aussi, la préfecture a serré la vis. La vente aux mineurs demeure strictement interdite. Un arrêté encadre désormais la détention, le commerce et l’usage du protoxyde d’azote dans tout le département.
Des mesures qui ne semblent pour autant pas avoir l’effet escompté. Alors à Mandelieu, la police municipale applique la tolérance zéro. « Nous saisissons des mètres cubes de bonbonnes de protoxyde d’azote chaque année, nous indique Pierre Boutillon, directeur de la police municipale.
« Il y a toutes les bonbonnes que l’on récupère sur la voie publique, ou celles que l’on saisit. Rien que depuis le début de l’année, nous avons déjà mis la main sur une centaine de bonbonnes. Le produit est consommé de façon courante ».
Pour contenir le phénomène et assurer la sécurité des habitants, Mandelieu a renforcé ses effectifs. La municipalité compte désormais 50 policiers municipaux à l’année (10 de plus qu’en 2025) et s’appuie sur un réseau de près de 500 caméras de vidéosurveillance.
Selon une étude Ipsos-Macif pour France Inter, 12% des 16-30 ans ont déjà consommé du protoxyde d’azote. Et près de la moitié ont déjà conduit après avoir inhalé du « gaz hilarant ». Pour 71% de ces jeunes consommateurs, la recherche d’un effet récréatif reste la motivation principale.
Sans oublier que son inhalation peut avoir des conséquences dramatiques sur le système nerveux. Santé Publique France rappelle que « ce gaz peut entraîner une dépendance ainsi que des complications sévères, parfois irréversibles, sur le système nerveux et le système cardiovasculaire (cœur et vaisseaux) en cas de prises répétées et/ou en grande quantité ».
La consommation de protoxyde d’azote pèse aussi lourdement sur l’environnement. Abandonnées par tonnes chaque année, ces bonbonnes provoquent d’importantes explosions dans les incinérateurs des centres de tri et engendrent des coûts de nettoyage faramineux pour les collectivités.


