INTERVIEW PARTIE 1/2- À Mandelieu, le maire sortant Sébastien Leroy a confirmé qu’il briguerait un second mandat en mars prochain. Dans un entretien exclusif accordé à Cannes Actus, il revient sur la délinquance et les enjeux de sécurité, premier sujet des Français pour les municipales 2026.
Cannes Actus : L’été dernier, vous annonciez vouloir atteindre le seuil de 500 caméras avant la fin du mandat. Où en est-on ?
Sébastien Leroy : Nous avons bon espoir de dépasser les 500 caméras avant le mois de mars. Mais l’ambition va désormais plus loin. L’objectif est d’en installer partout où cela est nécessaire. La présence humaine sur le terrain reste bien sûr essentielle.
Grâce à notre réseau de vidéosurveillance, le taux d’élucidation atteint 95% depuis deux ans. Un résultat dont nous pouvons nous féliciter.
C.A : Vous comptez recruter davantage de policiers municipaux ?
95 % : taux d’élucidation atteint par le Centre de Surveillance Urbain de la #PoliceMunicipale de #Mandelieu grâce à nos 374 caméras. Objectif 500 en 2026. Votre sécurité, votre 1er droit, notre 1er devoir. Soutien total et indéfectible à nos Forces de l’Ordre ! pic.twitter.com/r8a9blQeYz
— Sebastien LEROY (@SebastienLeroy_) June 3, 2025
S.L : Aujourd’hui, la police municipale de Mandelieu compte plus de 80 agents et assure une présence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Augmenter les effectifs ne se résume pas à recruter un ou deux agents : en raison des rotations horaires, cela implique d’en embaucher une dizaine. L’objectif reste d’avoir un maximum d’effectifs réellement opérationnels. Pour l’instant, l’organisation fonctionne bien. Nous allons continuer à la renforcer et à l’adapter si nécessaire.
La délinquance est aujourd’hui extrêmement mobile et nous ne sommes pas à l’abri d’un fait majeur. Mandelieu est un point de passage stratégique, avec deux sorties d’autoroute et une position à l’entrée du département.

Il faut donc adresser un message de fermeté. Les délinquants doivent savoir que s’ils viennent à Mandelieu, ils seront tôt ou tard rattrapés. Ce fut le cas l’été dernier avec les voleurs de montres, interpellés à Paris et à Marseille grâce à notre réseau de caméras.
C.A : Le Sénat a adopté ce mardi un projet de loi renforçant les prérogatives des polices municipales et des gardes champêtres. Soutenez-vous cet élargissement de leurs pouvoirs ?
S.L : J’y suis très favorable. Mais restons lucides. Il s’agit d’une petite avancée au regard du chemin qu’il reste à parcourir. Cette loi ne sera pas révolutionnaire.
Les agents disposeront de moyens supplémentaires pour procéder à des fouilles, à des contrôles et pour sanctionner financièrement. Mais tant qu’il n’y aura pas une véritable prise de conscience sécuritaire, à la fois idéologique et dans les pratiques, la France continuera d’avoir un temps de retard.
C.A : Face à ce que vous considérez comme un désengagement de l’État en matière de sécurité, comment la ville agit-elle pour protéger ses habitants et assurer leur tranquillité ?
S.L : Malheureusement, il n’y a plus d’autorité en France et les délinquants le savent. Les communes n’ont donc pas d’autre choix que de se mobiliser et de mettre les moyens pour protéger leurs habitants. L’État, dont la sécurité est pourtant une mission régalienne, ne remplit plus pleinement son rôle, pour des raisons à la fois idéologiques et budgétaires. Les actes ne suivent pas les discours et la situation ne cesse de se dégrader.
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Si les villes ne prennent pas leurs responsabilités face à la délinquance, elles finissent par s’effondrer. En l’espace d’un mandat, certaines communes autrefois bien tenues ont connu une nette dégradation de leur situation sécuritaire.
C.A : À Cannes, les syndicats dénoncent un manque de policiers nationaux, notamment d’enquêteurs. À Mandelieu, estimez-vous les effectifs de gendarmerie suffisants ?
S.L : Le problème tient surtout à l’organisation du temps de travail. Aujourd’hui, un gendarme consacre près de 70% de son temps aux tâches administratives et aux procédures. Même en triplant les effectifs, le gain réel resterait limité face à l’accumulation des contraintes.
La justice est également sous-dotée. Au tribunal de Grasse, le délai pour une comparution immédiate atteint 11 mois. Et lorsqu’il faut mobiliser trois gendarmes pour accompagner un individu, ce sont autant d’agents en moins sur le terrain. Le système doit être repensé en profondeur, c’est une urgence.
C.A : Quel bilan dressez-vous de l’activité de la police municipale à Mandelieu en 2025 ?
S.L : Depuis deux ans, nous constatons une forte hausse des violences intrafamiliales. Mais les infractions liées à la conduite en état d’ivresse, sans permis ou sous l’emprise de stupéfiants sont également en augmentation.
Les policiers municipaux sont aussi confrontés à une recrudescence de personnes consommant du protoxyde d’azote, devenu un véritable fléau. Les agents confisquent régulièrement des bonbonnes. Mais malgré les sanctions et les amendes, beaucoup ont le sentiment de ne pas risquer grand-chose. Et c’est le cas…
La petite délinquance est quasiment omniprésente, avec certains individus capables de rapidement dégrader la vie d’un quartier. Mais le niveau de sécurité reste élevé à Mandelieu. C’est d’ailleurs ce qui attire les habitants, qui peuvent se promener le soir sans être inquiétés.
C.A : Toutes les communes sont touchées par le narcotrafic en France. Avez-vous identifié des points de deal à Mandelieu ?
S.L : Non. À Mandelieu, nous n’avons pas de quartiers où le trafic de stupéfiants est installé, contrairement à de nombreuses autres villes. Mais cela n’est possible que si l’on continue à assurer une présence constante sur le terrain et à détecter le moindre mouvement suspect. Soit on contrôle le terrain au mètre carré, soit on se relâche et le problème s’installe. Et pour reprendre le contrôle d’un quartier, il faut plusieurs années.

