Des piles de dossiers qui s’entassent et des effectifs réduits à peau de chagrin. Dans une lettre ouverte, le syndicat Alliance Police Nationale 06 alerte sur la situation critique des services d’investigation dans les Alpes-Maritimes, qui touche également le commissariat de Cannes.
Face à des chiffres de la délinquance qui s’affolent, le quotidien des policiers nationaux ressemble à une interminable course contre la montre. De Nice à Cannes, les enquêteurs des Alpes-Maritimes suffoquent sous les affaires pendant que les commissariats se vident.
Ce jeudi 6 août, dans une lettre ouverte intitulée « Les services d’investigation des Alpes-Maritimes au fond du gouffre : il y a urgence », le syndicat Alliance Police Nationale 06 interpelle directement l’État sur ce sous-effectif chronique. « Il ne s’agit plus d’une simple alerte, il s’agit d’un appel à une mobilisation immédiate », prévient le secrétaire départemental d’Alliance 06, Julien Hausknecht.
« Une gestion permanente de crise »

Prenez la Brigade des accidents de Nice. Elle alignait 21 enquêteurs il y a dix ans, mais il n’en reste plus que 8 sur le pont. Pire encore, la rentrée de septembre 2026 s’annonce glaciale avec un effectif théorique réduit à 5 agents, dont un seul officier de police judiciaire (OPJ) pour gérer plus de 11.000 procédures.
Même constat du côté des brigades des mineurs et des violences intrafamiliales, où l’activité a grimpé de 323% depuis 2018. « Comment assumer nos missions au service des victimes dans de telles conditions ? Comment peut-on ériger ces contentieux en priorité nationale en laissant mourir ceux qui doivent les traiter ? », s’interroge le policier.
Faute de secrétaires en nombre suffisant, les policiers passent désormais des heures à remplir des tableaux et à faire de la paperasse. Les conséquences tombent directement sur les victimes, avec des délais d’enquête qui s’allongent sur plusieurs années. « Les services d’investigation des Alpes-Maritimes sont passés d’une logique de fonctionnement normal à une gestion permanente de crise », indique Alliance 06.
Hémorragie d’effectifs au commissariat de Cannes

Une véritable tempête qui ne sévit pas uniquement dans la capitale azuréenne. L’ouest du département paie aussi un lourd tribut, avec une situation particulièrement tendue du côté de Cannes.
Plus de 14 départs seraient annoncés pour la rentrée de septembre 2026 au sein du commissariat de la rue Edith Cavell. Et ce alors qu’il manquerait plus de 46 agents. Les responsables locaux doivent, eux, sans cesse piocher dans un groupe pour en renflouer un autre afin de garder la tête hors de l’eau.
Une situation inquiétante, dénoncée régulièrement par le maire de Cannes David Lisnard. Avant le début de saison estivale, l’édile était monté au créneau, pointant du doigt le manque d’effectifs de policiers nationaux sur la commune. « J’ignore quels seront les effectifs de police nationale à Cannes cet été », avait-il lancé.
Même refrain du côté de Grasse, Menton ou Cagnes-sur-Mer, victimes d’un manque chronique de fonctionnaires accentué par les arrêts et les mutations.
Pour couronner le tout, le coût de la vie et la crise du logement dans la région font fuir les candidats. Le syndicat Alliance Police Nationale 06 réclame un renfort d’urgence de 40 assistants d’enquête. Mais aussi une prime de fidélisation à la hauteur de la vie chère sur la Côte d’Azur ainsi qu’une indemnité de résidence de 3%, calquée sur le modèle parisien. En attendant des réponses de la hiérarchie, les enquêteurs continuent de trier les urgences sur le volet.


