Derrière la démesure des superyachts et de leurs propriétaires venus profiter de l’été sur la Côte d’Azur se cachent des histoires fascinantes. Présent en baie de Cannes, le Kingdom 5KR en réunit tous les ingrédients. Du roman d’espionnage aux faillites retentissantes, le tout teinté de glamour hollywoodien.
Chaque été, la Côte d’Azur devient le théâtre d’un va-et-vient spectaculaire où s’affichent les plus grands yachts du monde. Au large de Cannes, d’Antibes ou de Villefranche-sur-Mer, ces géants des mers captent forcément l’attention.
Mais au-delà des mensurations XXL de ces navires, leur passé s’avère souvent croustillant. C’est le cas du Kingdom 5KR, long de 86 mètres au mouillage à Cannes depuis quelques jours.
De Donald Trump à un prince saoudien connu à Cannes, l’histoire de ce yacht particulier

Construit en 1980 par les chantiers italiens Benetti, le bateau porte d’abord le nom de Nabila, du nom de la fille du propriétaire, le milliardaire et marchand d’armes saoudien Adnan Khashoggi. Ce personnage, qui lui valut le titre « d’homme le plus riche du monde », est également bien connu sur la Côte d’Azur pour être à l’origine du mythique Palais Vénitien de la Croix-des-Gardes à Cannes, propriété somptueuse cédée pour 105 millions d’euros en avril 2026.
Lors de sa mise à l’eau, le bateau s’impose comme le plus grand yacht privé de la planète. Même s’il pointe aujourd’hui autour de la 130e position mondiale, le navire conçu par Jon Bannenberg continue d’attirer tous les regards.
L’intérieur, confié au designer Luigi Sturchio, pousse le luxe dans ses moindres démesures. On y trouve cinq ponts, 11 suites somptueuses, une discothèque ou encore un cinéma, ainsi qu’une piscine dotée d’un système de nage contre-courant et un héliport. Les ingénieurs ont même poussé le détail jusqu’à incliner les deux cheminées vers l’extérieur en forme d’ailes pour éviter qu’elles ne touchent les pales des hélicoptères.
Des aménagements extravagants qui sautent aux yeux du grand public. En 1983, le navire sert de décor au film de James Bond Jamais plus jamais avec Sean Connery. Un peu plus tard, il entre même dans la légende pop en 1989 quand le groupe Queen lui consacre le titre Khashoggi’s Ship sur l’album The Miracle, en référence à son propriétaire.
Mais rattrapé par de lourds soucis financiers, Khashoggi se sépare de son palace flottant en 1988 au profit du sultan de Brunei. Ce dernier le cède quasi immédiatement à un certain Donald Trump pour 29 millions de dollars.
Rebaptisé Trump Princess, le bateau subit une série de travaux mais ne reste pas longtemps entre les mains de l’actuel président des États-Unis, lui aussi étranglé par les dettes à cette période qui le vend en 1990 pour 20 millions de dollars au prince saoudien Al-Walid ben Talal. C’est à ce moment-là que le navire prend officiellement le nom de Kingdom 5KR en 1991, avant d’être réaménagé en 1993.
Ce nom énigmatique ? C’est un code très personnel. Kingdom fait référence à la holding du prince, le chiffre 5 à son numéro porte-bonheur, et les lettres KR aux prénoms de son fils et sa fille.
Aujourd’hui quarantenaire, ce colosse des mers continue d’ancrer son histoire sur la Côte d’Azur, souvenir intact de la démesure des années 80. D’après les spécialistes, il coûterait près de 90 millions de dollars.


