À deux pas de la rue d’Antibes, la place Gambetta de Cannes vit au rythme de son marché et de ses nombreuses boutiques. Mais si l’ambiance de quartier semble régner, la réalité est bien plus contrastée pour les riverains et les commerçants. Déchets, odeurs nauséabondes et sentiment d’insécurité, tous attendent des changements.
« Cette place a beaucoup changé, mais pas en bien ». Comme David, gérant d’une poissonnerie et enfant du quartier, ils sont plusieurs à partager ce constat. En cette matinée ensoleillée de juin, la place Gambetta ne désemplit pas. Chaque jour de la semaine (sauf le lundi), Cannois, résidents des alentours et touristes se pressent autour des stands de cette halle à ciel ouvert.
Ici, on y trouve de tout. Vendeurs de vêtements, producteurs de fleurs ou de fruits et légumes, mais aussi quelques étals alimentaires. « Ce marché fonctionne bien toute l’année. C’est comme un petit village avec beaucoup de passage grâce à sa proximité avec la gare et la Croisette », confie Jean-Claude, un riverain. Même s’il admet avoir des difficultés à se garer, surtout « depuis le réaménagement des rues Marceau et Jean Jaurès ».
« Il y a beaucoup à faire au niveau de la propreté »

Car Gambetta est aussi un point de passage important à Cannes. Elle relie la rue d’Antibes à la gare, mais aussi le Nord avec, de l’autre côté de la voie ferrée, le quartier République. Malgré l’attractivité de ce secteur, beaucoup déplorent une dégradation globale de la place. Et ce depuis plusieurs années…
« Il faudrait refaire cette place. C’est tout le temps sale. Il faut s’en occuper, ça devient urgent », lance Daniel, producteur de fleurs à Vallauris, qui propose ses compositions colorées sur le marché. Il estime que l’insalubrité est l’un des points noirs : « On est à quelques dizaines de mètres de la Croisette, et on travaille dans ces conditions ? »
Autre problème selon lui, les regroupements des sans-abri : « Ils sont de plus en plus nombreux. Souvent, ils fument et boivent. Mais surtout, ils font leur besoin dans le coin. Et quand on vend des produits alimentaires, ces odeurs nauséabondes sont insupportables pour nous, mais aussi pour les clients. »

« Quand on installe notre stand le matin, on a l’odeur de l’urine qui nous prend à la gorge. On travaille dedans, c’est compliqué », concède Monique, qui tient un stand de vêtements sur le marché. Quant à Philippe, aux commandes du kiosque à journaux depuis 11 ans, il dresse le même constat : « Cette place est en déclin. La fréquentation a chuté. »
Une situation délétère qui agace Nathalie, vendeuse dans une boulangerie depuis 15 ans. Elle dit avoir vu le secteur changer de visage, de manière radicale : « La place s’est largement dégradée au fil des années. On ramasse souvent des déchets devant notre boutique. Il y a beaucoup à faire au niveau de la propreté. J’ai déjà vu des gens faire caca en plein jour, à la vue de tous ».
Chaque jour en début d’après-midi, juste après le marché, la place est entièrement nettoyée par les services de la mairie de Cannes. « Mais ça ne suffit pas, juge Nathalie. Les odeurs sont incrustées dans le sol. C’est à se demander si on ne va pas attraper une maladie. »
« On ne se sent pas en sécurité »

L’après-midi donc, la place Gambetta retrouve sa configuration de parking. « C’est là que des groupes d’individus se donnent rendez-vous. On les voit jusqu’à tard le soir, certains vendent de la drogue, on les reconnaît », explique David, en pointant du doigt les lieux de regroupement.
D’autres évoquent un « sentiment d’insécurité ». « On ne se sent pas en sécurité, souffle Karine, directrice d’un magasin de prêt-à-porter. Par exemple, je ne laisse jamais mes vendeuses fermer seules le soir, surtout l’hiver. »
Emma, elle, travaille rue d’Antibes. Pour rejoindre sa boutique, elle emprunte tous les jours le passage Châteaudun, ce souterrain qui mène au boulevard d’Alsace rénové en 2018 : « À n’importe quelle heure, je me sens en insécurité à cause des gens qui y traînent en permanence. » La jeune femme avoue même garder la main dans son sac, prête à dégainer sa bombe lacrymogène lorsqu’elle rentre tard le soir : « C’est au cas où. »
Il y a quelques semaines, la mairie de Cannes a d’ailleurs mené une vaste opération dans le secteur. Police municipale, voirie et propreté urbaine ont passé le quartier au peigne fin pour « nettoyer l’espace public et corriger les dysfonctionnements ».
Riverains et commerçants espèrent désormais que ces efforts porteront leurs fruits à long terme, alors que la Ville envisagerait également de refaire entièrement cette place du centre-ville.
Sollicitée par Cannes Actus, la présidente de l’Union des commerçants cannois n’a pas souhaité répondre à nos questions.



